Il était une fois les treize desserts en Luberon

Il était une fois les treize desserts en Luberon...

Enfants, dans le Luberon, c'est en croquant les treize desserts que l'on avait le plus souvent coutume d'attendre les douze coups de minuit. Les souliers sagement rangés sous le sapin, nous contenions notre impatience et notre excitation en comptant et recomptant les desserts disposés sur la table garnie de ses trois nappes, de trois bougies et des trois coupelles de blé que nous avions mises à germer ensemble le jour de la Sainte-Barbe. Pour nous gamins, c'est d'ailleurs à partir de ce moment-là que la longue veille de Noël commençait.

Noel dans le Luberon

Le « gros souper » était passé... Nous avions mangé la sauce d'herbe qui suivant les années était agrémentée d'olives, d'escargots ou de morue et parfois même de baudroie, les cardons en sauce blanche suivie du céleri à l'anchoïade et enfin on pouvait se laisser aller à notre gourmandise.

Tout au long du repas, nous les passions en revue, échafaudant des listes ordonnées se modifiant au fil de nos envies de saveurs. Tantôt nous commencions par le nougat noir ou le nougat blanc suivi des dattes puis du raisin et des oreillettes et de la salade de fruits ou l'inverse ; puis, l'estomac se remplissant, nous nous disions que ce serait mieux de débuter par le melon vert et les mandarines, ainsi rafraîchis nous pourrions continuer par croquer une oreillette ou un morceau de pâte de coing pour ensuite passer à un morceau de gibassier embaumant la fleur d'oranger et que notre grand-père avait rompu, le tout parsemé de quelques noixamandesfigues ou raisins secs.

Il fallait goûter à chacun d'eux ! Tous avaient une signification et rendaient hommage à l'enfant Jésus que nous allions coucher dans la crèche à minuit, juste avant d'en faire de même. Lorsque l'attente faisait les rires et les cris des enfants plus forts que ceux des grands, il y avait toujours une grand-mère pour nous expliquer ce que signifiaient ces treize desserts.

« Ecoutez, enfants ! Grand-père a rompu le gibassier comme Jésus a rompu le pain pour ses douze apôtres au cours de son dernier repas, c'est pour les représenter qu'il y a douze autres desserts autour de la pompe à huile. Les dattes et les autres fruits sont là pour rappeler qu'il est venu d'Orient. Quant aux fruits secs, ils symbolisent les quatre ordres mendiants, dont ils ont la couleur. Les noix sont là pour l'ordre des Augustins, les amandes représentent les Carmélites, les figues sèches sont les Franciscains et les raisins secs les Dominicains. »

Et les douze coups de Minuit résonnaient enfin !

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