Mur en pierre du Luberon
Architecture en Luberon : Magnifique cabanon du Pays d'Apt

Architecture en Luberon

Au cours du XVII et XVIII ème siècle, périodes relativement plus calmes et prospères, la population s’installe dans la plaine et s’efforce de conquérir de nouveaux sols sur des zones jusqu’alors délaissées : l’habitat « groupé » se disperse dans la campagne.

Il existe encore des constructions « groupées » datant de la Renaissance, groupe de maisons formant de petits hameaux aux alentours de villages comme Roussillon. Il est d’ailleurs amusant de constater que les projets immobiliers municipaux leur ressemblent, pour des raisons plus économiques en sol que sécuritaires, autres temps, autres soucis !

L’habitat « dispersé » acquiert dès lors ses caractéristiques essentielles.

A côté de la maison du paysan, le « mas », arrivé à maturité, apparaît le « domaine », qu’en Provence on préfère appeler « campagne », fruit de la constante appropriation de nouvelles terres par la Noblesse et la Bourgeoisie. Cette dualité d’occupation s’établit cependant harmonieusement ; le travail de défrichement, de culture et d’élevage est loin d’être saturé et tout le monde y trouve son compte.

Outre l’histoire, la géographie influence bien évidemment les adaptations de l’habitat.

La Provence est riche de territoires aussi différents dans leur géographie et leur climat que dans leurs structures agraires.

Quelques kilomètres… et c’est un nouveau paysage, une ambiance particulière.

Le problème de l’eau suffit à lui seul à mettre en évidence le contraste : les plaines bien irriguées, le long de la Durance par exemple, avec les contreforts des plateaux du Vaucluse où la sécheresse à l’époque - mais encore un peu aujourd’hui - dicte toute la vie rurale.

Quelques informations concernant les types d’habitat de du Luberon .

Du plus petit au plus grand : la BORIE – le CABANON – le MAS – le DOMAINE.


LA BORIE
Incontestablement la Borie est une construction originale de par sa forme, ses formes plutôt car il en existe de multiple selon l’usage, l’emploi exclusif de la pierre et sa technique de construction. Son aspect continue d’intriguer les historiens et les archéologues.

L’homme, après avoir séjourné dans les grottes, les cavernes ou sous des roches en surplomb ( à côté de Lumiéres, par exemple) a déjà commencé à partir du mésolithique.

Il semble que ce ne soit que vers le XVIIIè que la courbe intérieure de la voûte commence au niveau du sol pour avoir une meilleure répartition des charges. Dans les édifices plus anciens, cette courbe ne commençait qu’à un mètre du sol.

La technique de la voûte à « encorbellement » est alors mise au point et les bories, pour un minimum de matériau, offrent le maximum de stabilité.

Le Pays d’Apt est la région du Luberon la plus riche en bories avec deux sites particulièrement importants, le plus impressionnant autour de Gordes (environ 345 bories ont été recensées dans ce seul secteur), l’autre autour de Bonnieux.

Les Bories ont de multiples destinations : bergeries/écuries le plus fréquemment mais aussi greniers de semences, tout comme les cabanons, citernes creusées dans le rocher au point bas des dalles de calcaire (à voir autour de Saint-Saturnin-Lès-Apt), poste de vinification, habitations (voir le remarquable village de bories à Gordes), postes de guet construits par les Vaudois puis utilisés par les chasseurs…  Au XVIème siècle, les Vaudois réfugiés dans le Luberon, construisent des bories-casemates pour créer des centres de résistance, notamment sur le plateau des Claparèdes de Bonnieux à Saignon.


LE CABANON
Charmantes maisons de poupées, il en existe énormément et ils ne se ressemblent jamais malgré leur surface extrêmement réduite !

Le cabanon est inhérent à la vie agricole. Le paysan avait besoin de posséder un abri à plusieurs usages : Remises de matériels d´outillage, écurie passagère, lieu de stockage, logement secondaire de manière à éviter des allées et venues exténuantes.

C’est seulement à partir du XIXème siècle que le cabanon tend à devenir résidence secondaire, maisonnette des champs où l’on vient le dimanche faire la sieste, prendre le pastis ou préparer l’aïlloli. Il faut lire Jean GIONO pour se retrouver dans cette ambiance magique où la joie simple et la convivialité bon enfant du dimanche au cabanon semblaient chasser tous les soucis de la semaine. Mais n’est-ce pas encore le cas précisément aujourd’hui ?

Le cabanon est généralement orienté plein sud, avec une treille, probablement ajoutée pour les fameux dimanches, construite en fer.

Le toit est à deux pentes, en tuiles canal avec une gênoise à un rang, parfois deux.. Le pignon et la façade nord sont aveugles. La porte unique est surmontée d’un linteau en bois.

Il n’est souvent composé que d’une seule pièce dans laquelle on trouve parfois une cheminée.

Les murs intérieurs sont enduits à la chaux ou au plâtre.

La technique de construction et les matériaux sont les mêmes que pour le mas mais encore simplifiée.


LE MAS
C’est évidemment la principale habitation des campagnes de Provence.

C’est également le type d’habitat le plus stable, quasi insensible aux remous de l’histoire.

Sans doute sa simplicité efficace et son intégration parfaite à la nature environnante en sont-elles la cause.

Son originalité tient de sa forme évolutive qui illustre bien la créativité des provençaux.

A l’origine de la construction, le volume du bâti est réduit et se caractérise par l’économie des moyens mis en œuvre. Mais les possibilités qu’elle offre sont surprenantes.

Le volume s’agrandit en effet suivant le besoin du moment ; implantation de nouvelles cultures, famille qui s’agrandit…

Le bâti d’origine se constitue d’un rez-de-chaussée divisé en deux parties par un escalier en bout d’un couloir étroit.

Dans de nombreux cas, l’accès se fait directement par la cuisine qui est en fait l’unique pièce d’habitation. On trouve parfois dans la partie latérale un cellier et une chambre secondaire.

De l’autre côté de l’escalier, l’écurie – étable, qui communique afin de surveiller aisément les animaux .

A l’étage, les chambres et les greniers à foin. Ne cherchons pas les sanitaires, c’était à l’époque une coquetterie rare… Cela fait la joie des plombiers d’aujourd’hui !

Tous les mas sont orientés nord-sud, avec une légère inflexion à l’est. La façade sud est ainsi abritée du mistral qui vient du nord-ouest. En outre, cette exposition bénéficie de l’ensoleillement maximal et met à l’abri des pluies dominantes venant de l’est.

Les fondations sont réduites : dans presque tous les cas la construction est assise sur le rocher.

Les murs extérieurs et les refends sont faits avec des pierres prises sur les champs avoisinnants.

Les sols des parties habitées sont généralement mallonnés et les plafonds sont en canisse avec du plâtre.

Les toits sont à deux pentes d’un seul tenant. Seuls les toits des constructions ajoutées seront de hauteur et d’axe différents selon les besoins.

Il convient toutefois de distinguer deux types de mas : la maison à terres, type « gauloise » et la maison haute, type « latine ».

Le premier, décrit ci-dessus, s’avance dans les terres, le deuxième se trouvant à proximité du village, en fait partie. Il est compartimenté en hauteur, dans un souci logique de gain de place.

Remise au rez-de-chaussée, logement à l’étage, grenier au dessus.

Le mas traditionnel se particularise selon les régions : 
- Le mas en « maison-bloc », quand la famille s’est décidemment bien agrandie,
- Le mas en voûte, peu fréquent dans le Luberon,
- Le mas en cour fermée, que l’on rencontre très souvent contrairement au précédent,
- Le mas « ruche », construction originale et hétérogène de plusieurs propriétés.

Cet habitat semi-collectif s’est développé autour du mas d’origine en permettant aux descendants de venir s’installer dans la ferme de l’ancêtre. On est loin de l’éclatement familial que l’on connaît à notre époque ! Cependant, ne voit-on pas renaître une forme de phénomène toponymique qui ressemble à ces heureux rassemblements familiaux grâce aux nouveaux propriétaires qui attirent immanquablement familles et amis au moins pendant les vacances ! Les gens du Nord ne disent-ils pas : "maison dans le midi, amis pour la vie"….


LA BASTIDE
C’est une belle maison de maître, en pierres de taille, à deux ou trois étages, et toujours une grande cour, avec non loin d’elle la maison du paysan qui exploite la terre.

C’est en plus petit ce qu’est le « domaine ».


LE DOMAINE OU CAMPAGNE
Très vaste propriété, de 20 à 50 hectares ou plus, sur laquelle peuvent se trouver plusieurs habitations.

Le domaine existait déjà au moyen âge mais c’est vers le XVIIIème siècle qu’il se propage. Une nouvelle classe enrichie par le commerce et la fonction publique réalise alors des placements en acquérant des terres où elle installe des villégiatures champêtres.

Peut-on faire une timide comparaison avec les propriétés superbement restaurées qui emploient du personnel d’entretien local et dont les nouveaux occupants perpétuent les richesses ?

L’activité agricole du domaine est définie : élevage, vigne, cultures maraîchères…

C’est pourquoi la maison du maître est entourée de celle du régisseur, de l’intendant, de dépendances considérables et de logements en grand nombre.

Le logement du maître se présente comme un « petit château ».

Un petit extrait de Frédérique MISTRAL dans « Mémoires et Récits » donne une idée de la vie de l’époque en ces demeures : « Quand, pour le dîner ou pour le souper, les hommes, l’un après l’autre, entraient dans le mas et venaient s’asseoir, chacun selon son rang, autour de la grande table avec mon Seigneur-Père qui tenait le haut bout, celui-ci, gravement, leur posait des questions et des observations sur le troupeau et sur le temps et sur le travail de jour, s’il était avantageux, si la terre était dure ou molle ou en état. Puis le repas fini, le premier charretier fermait la lame de son couteau et, sur le coup, tous se levaient… »

Joy.