Truffe en Luberon
Joseph Talon Père de la trufficulture en Luberon

1793/1873 - JOSEPH TALON, PERE DE LA TRUFFICULTURE EN LUBERON

Une dizaine d'années plus tard, Joseph Talon, le paysan de Croagnes qui avait planté ces glands, vit sa truie sortir des truffes dans ce champ pauvre et austère. Rabassier de toujours, Joseph Talon comprit vite le rapport entre les glands de 1808 et les truffes de1816 ! Et il répéta la plantation de glands en achetant des terres pauvres, pleines de cailloux, impropres aux belles cultures.

Quelques années passent, silencieuses, et puis une rumeur commence à parcourir la campagne de Saint-Saturnin-Lès-Apt : il se passe quelque chose du côté du mas de Joseph Talon, quelque chose qui montrerait des rentrées d'argent nouvelles, insoupçonnées, incohérentes avec les cultures traditionnelles, lavande, vigne, épeautre, olives. Joseph Talon s'enrichit !! La rumeur se précise, le courtier du marché d'Apt achète beaucoup à Talon, c'est la truffe !!

La truffière des Tavannes à St Saturnin les Apt dans le Luberon

Alors les champs de chêne de Talon, incompréhensibles hier, deviennent le centre des attentions. Et comme Talon travaille amoureusement ses champs de chênes, tout le monde l'imite. Et l'on plante, et l'on plante, et l'on plante : les contreforts des monts du Vaucluse, au-dessus de Saint Saturnin, se couvrent de chênes, plantés bien alignés. Plus de 200 propriétaires plantent à Saint Saturnin ! Joseph Talon vend à ses collègues des plants truffiers, les premiers « plans mycorhizés » de l histoire.

Et la rumeur enfle, dépasse Saint Saturnin. A Carpentras, Auguste Rousseau, négociant en truffes fait de même en 1847, achète ses plans à Talon, présente ses truffes à l'expo universelle de Paris, et obtient la médaille d'or, grâce à la « méthode Talon ». Le Périgord s'y met à son tour, dans ses causses calcaires, dans la foulée du Sud-Est.

La culture de la truffe était née : la commune de Saint-Saturnin-lès-Apt produisait à elle-seule en 1875, 6 tonnes de truffes. Merci Talon !

Talon n'a jamais été très célèbre, il n'a jamais connu l'explication scientifique de son succès : la mycorhize. Mais que serait la truffe sans lui. Et, si d'aventure vous randonnez dans les bois de Saint Saturnin, penchez-vous, regardez les pieds des chênes, et constatez : et oui, ils sont en ligne. La forêt entière est alignée ! Ce sont les anciens restes de la ruée vers la truffe, provoquée par Talon.

Nicolas Monnier