PERSÉCUTIONS DES VAUDOIS EN LUBERON
PERSÉCUTIONS DES VAUDOIS EN LUBERON

Persécutions des Vaudois dans le Luberon

C´est à Lyon, au 12e siècle, que débute l´épopée des Vaudois. Un riche marchand Pierre Valdo, outré de la magnificence du clergé, donne ses biens aux pauvres et part sur les chemins se consacrer à la prédication de l´évangile. Il fait des disciples dans le Midi de la France, dans les Alpes, en Italie : le valdéisme est né.

Très vite, l´Eglise jette l´anathème sur les Vaudois, qui prônent la pauvreté, la modestie, le travail.... Ceux-ci forment une communauté éclatée. Trois grands groupes se dessinent : dans les Alpes, l´Italie du Sud et en Luberon. La communauté vaudoise du Luberon, peut-être présente dès l´origine du valdéisme est à coup sûr grossie par les flots d´immigrés piémontais et dauphinois qui, fuyant les persécutions, affluent à la fin du 15e et au début du 16 siècle. On les trouve surtout à Murs, Roquefure, Gignac, JoucasLourmarinCabrières d´AiguesMérindol, La Motte d´Aigues, St-Martin de la Brasque, Peypin d´Aigues et Villelaure.

En 1530, l´évêque d´ Apt, Jean Nicolaï, appelle à son secours l´inquisiteur Jean de Roma. Celui-ci traque depuis deux ans déjà Vaudois et Luthériens. Il a une réputation plus terrible encore que son confrère Jean de Montaigne, dont le passage à Apt en 1514 s´était soldé par l´emprisonnement de 154 hérétiques...

L´historien Gabriel Audisio, spécialiste incontesté des Vaudois, a publié le texte d´un procès que Jean de Roma fit à un prêtre vaudois, un " barbe " comme ils se nommaient. On ignore l´issue du procès, mais quand on sait que Jean de Roma s´était fait une spécialité de chausser ses prisonniers avec des souliers remplis d´huile, et de mettre le feu dessous, on peut légitimement avoir quelque inquiétude pour le pauvre barbe ! Et Jean de Roma instruisit plus de 150 procès durant les 4 ans qu´il passa à Apt...

En 1532, un incident mit le feu aux poudres entre Catholiques et Vaudois. Des soldats catholiques importunent de jeunes Vaudoises, les pères de celles-ci s´interposent : ils sont emprisonnés. Un véritable commando de Vaudois, sous la conduite d´Eustache Maron, les délivre avant de prendre le maquis.

Le Parlement de Provence lance alors contre les Vaudois un avis d´expulsion, et d´arrestation contre 450 réputés les plus dangereux. Les Vaudois sont de plus en plus nombreux à prendre le maquis.

Après diverses péripéties plus ou moins sanglantes, en 1540, le Parlement prend un nouvel arrêt : il ordonne que soient brûlés sur le bûcher les Vaudois de Mérindol, et le village rasé. Après quelques revirements, le Roi de France, François Ier, accepte l´arrêt des Provençaux. Adjoint au Parlement de Provence, le baron Meynier d´ Oppède prend la tête de la répression. Avec lui, 6.000 hommes se préparent à la curée, une soldatesque avide de vols, de viols et de tuerie.

Exemples des traitements infligés aux hérétiques lors des guerres de religions, dont fait partie le massacre des Vaudois.

Devant la colonne en marche, les Vaudois s´enfuient. En vain. Le 16 avril 1644 commence le massacre. Loin de s´en tenir au seul village de Mérindol, le soldats s´en prennent à tout ce qui se trouve sur leur passage, sans trop regarder à la religion.

En vallée d´Aygues, Cabrières, la Motte, Peypin et Saint-Martin-de-la-Brasque sont tour à tour pillés et incendiés. Dans les bois, la chasse à l´homme s´organise. On tue, on viole, on torture ; des prisonniers sont pris pour être envoyés aux galères.

Le 17 avril, 140 maisons de Lourmarin sont brûlées. Mérindol, déserté par ses habitants depuis belle lurette, est incendié. On traque les Vaudois dans les montagnes : plusieurs centaines sont rattrapés, violés et abattus.

Après avoir " purifié de l´hérésie " le sud du Luberon, les troupes passent au nord. De nouveaux soldats se joignent à eux. Ils sont 7.000 maintenant, à faire le siège de Cabrières d´Avignon, près de Gordes. Dans le village, 6 à 700 Vaudois se retranchent. La cause est entendue d´avance. Après une journée de résistance acharnée, les chefs de famille vaudois négocient leur reddition, espérant sauver femmes et enfants.
En vain : le 21 avril, les assiégeants entrent dans le village. Ils en ressortent quelques heures plus tard en laissant derrière eux un enfer.

Après que les chefs de famille ont été isolés pour être traduits en justice, on choisi 18 personnes au hasard, qu´on exécute sommairement. Mais cela ne suffit pas aux soldats, ivres de fureur. On donne donc le signal du pillage. Les femmes et les enfants, rassemblés dans l´église, sont violés, torturés et tués. On précipite certains d´entre eux du haut du clocher. D´autres femmes sont brûlées vives, empalées... Puis le village est incendié et les rares fuyards poursuivis, rattrapés et massacrés.

 

Après Cabrières, Lacoste est la cible des soldats. Mais le seigneur de Lacoste est parent de Maynier d´ Oppède : le village sera épargné.

Maynier d´Oppède fait alors boucler le Luberon pour traquer les Vaudois en fuite, et interdit à quiconque de leur prêter assistance. Pendant des jours et des jours, la curée va se poursuivre. Nobles et notables locaux ne seront pas les derniers à y prendre part...

Combien de Vaudois périrent durant ces journées Des milliers sans doute. La valdéisme du Luberon ne s´en relèvera pas. Ceux qui n´ont pas été exterminés se sont enfuis, vers les Alpes et l´Italie.

Une association, une route historique, perpétuent aujourd´hui le souvenir de cette communauté discrète et martyre. Et l´on voit encore dans la campagne, au détour d´une haie, quelque tombeau éloigné de tout cimetière : rare privilège qu´ont parfois aujourd´hui encore les descendants des Vaudois, de se faire enterrer sur leur terre, une terre abreuvée de la sueur et du sang de leurs ancêtres.

Bibliographie
Gabriel Audisio : le barbe et l´inquisiteur, Edisud.
Guy-Jean Arché : le massacre des Vaudois du Luberon, éd. Curandera
Gabriel Audisio : Les Vaudois, Hachette.

Pierre Valdo (1140-1217)

Pierre Valdo (1140-1217)
et les Vaudois