La tour de l'hô à Apt en Luberon

Histoire de la ville d'Apt

La ville d´ Apt s´étend sur les deux rives du Calavon, entre Luberon et Monts de Vaucluse. Les autres cours d´eau arrosant la commune sont : la Dôa, le Rimayon, la Marguerite et la Riaille. Armoiries : De gueules, à une épée d'or, posée en pal, la pointe en bas, dans son fourreau de sable bouclé d'or, la bouterolle de même entortillée de son ceinturon de sable. L'aigle de l'Empire pour cimier, la branche de chêne et celle de roseau pour support.

La devise est : Felicibus Apta triumphis.

Etymologie et dénominations : Colonia Apta Julia Vulgientium (Pline). Apta Julia (Tab. de Peutinger). Ab Apta (VIe siècle. Apta Civitas et Atta Civitas (Xe s). In Pago attensi, in Ate Civitate, puis Aptentis et Apta Civitas (XIIIe s).

 La Préhistoire est largement représentée, du Paléolithique moyen à l´Age du Bronze (habitats en Luberon et Monts de Vaucluse, ateliers nombreux). Les peuplades pré-romaines sont représentées au sein d´un territoire qui s´étend des crêtes du Luberon au Ventoux par la confédération des Albicis ou Albiens (d´où subsiste le nom Albion), les Vulgientes qui habitent plus précisément les abords de la ville actuelle (cf. St Saturnin, montagne de Perréal).

Vers les années 50 avant J.C, les romains s´établissent sur un lieu propice (les loca apta), une petite île formée par deux bras du Calavon ( le bras sud aujourd´hui disparu). Ainsi naît la cité qui deviendra l´une des villes essentielles de la Seconde Narbonnaise (colonia Apta Julia - en l´honneur de Jules César - probablement au retour de ses campagnes en Espagne).

Du IIIe au VIIIe siècles, dans le même temps où s´écroule l´Empire, le Pays d´Apt à l´instar de toute la Provence est dévasté par des invasions successives : Alamans, Francs (276), Burgondes, Wisigoths, Ostrogoths, Francs (Ve s.), Lombards, Saxons (VIe s). On assiste alors à un reflux des populations vers les montagnes où naissent et se développent les lieux fortifiés. Durant près de trois siècles, la cité, ruinée est abandonnée.

La relative accalmie du VIIIe siècle permet à la communauté religieuse, regroupée autour de son chef spirituel, de se mettre à l´abri dans une construction gallo-romaine subsistante, les reliques de ces premiers martyrs. C´est sur ce martyrium, selon la tradition de la tumulutio ad sancto, que s´édifiera ultérieurement le sanctuaire qui deviendra la cathédrale.
 
Dans la deuxième partie du IXe siècle, malgré l´incertitude du Cartulaire de l´Eglise, semble naître la juridiction des Comtes d´ Apt, mais, seule demeure relativement précise, l´incursion des Sarrasins (vers 890-896), dont les dévastations sont la cause d´une nouvelle paralysie de la ville à peine renaissante.
Bientôt, va s´instaurer la suzeraineté des empereurs germaniques ; lointaine, elle est l´occasion pour quelques puissantes familles d´étendre leurs possessions et d´affermir leur pouvoir (Agoult-Simiane), souvent au détriment du domaine épiscopal (Xe-XIe siècle).
De la rivalité Comtes-Evêques d´Apt, les comtes de Provence seront les bénéficiaires, bientôt contraints d´accorder à la Commune naissante les franchises et libertés, et bientôt les statuts qu´elle réclame (XIIe-XIIIe siècles).
 

Au XIVe siècle, après la peste de 1348, avec la présence des Papes à Avignon, on assiste à Apt à un puissant réveil religieux qu´accompagne une certaine renaissance intellectuelle.
Les Etats-Généraux de Provence, puis un concile présidé par le Pape Urbain V tiennent leurs assises à Apt. Mais cette relative prospérité est souvent troublée par des événements extérieurs aux conséquences graves : invasions des Touchins, des Gascons et des Bretons, difficile et tumultueuse succession de la Reine Jeanne (dévastations occasionnées par les bandes armées de Raymond de Turenne).
Le XIVe siècle est aussi marqué par la présence de St Elzéar et son épouse "mystique", la bienheureuse Delphine, tout spécialement vénérés à Apt.
Avec le XVe siècle une courte ère de prospérité précède le rattachement de la Provence à la France. Apt subira parfois le contre-coup de la "difficile intégration au royaume".

Les guerres de religion par suite de la présence de nombreux Vaudois en Luberon, auront de graves répercussions dans tout le pays d´ Apt (arrêt de Mérindol 1545) : expulsion des protestants et saisie de leurs biens, sièges de la ville en 1560, 1562 et 1586, auxquels les habitants surent résister farouchement. La peste qui sévit à l´état endémique (1580-1589) vient ajouter un taux de mortalité élevé à celui qu´occasionne l´état de famine causé par une période d´insécurité qui s´étend sur un demi-siècle.
 
En 1623, Anne d´Autriche qui souhaitait de Louis XIII la naissance d´un fils obtient une parcelle des reliques de Sainte Anne, conservée à la Cathédrale. Louis XIV naît en 1638 ; reconnaissance de cette "tardive maternité", la reine vient en pélerinage à Apt du 27 au 30 Mars 1660. Les habitants lui firent un accueil triomphal. La tradition veut qu´Anne d´Autriche ait fait à l´église quelques dons considérables. Néanmoins, cette visite royale aura eu pour effet de contribuer au renom du culte de l´aïeule du Christ.
 

La deuxième décennie du XVIIIe siècle est marquée par l´épidémie de peste (1720/21) qui affecte profondément le pays d´Apt (251 victimes à Apt).
La Révolution avait été accueillie à Apt avec le plus grand calme, mais bientôt se créent deux clubs patriotiques rivaux qui pour de longs mois vont agiter la vie locale. Les municipalités se succèdent.. les événements aussi. De leur côté, contre-révolutionnaires et prêtres réfractaires jouent un rôle actif. Le conventionnel Lauze de Perret, représentant des aptésiens marque fortement cette époque ; accusé de complicité avec Charlotte Corday, il sera guillottiné le 31 Octobre 1793. En Août de la même année, onze "notables" seront exécutés par la Commission Populaire d´Orange.

Peu d´événements marquants sous l´Empire et la Restauration; les préfets multiplient les circulaires émises par le pouvoir, les municipalités successives exécutent... Quelques timides travaux urbains modifient peu à peu le visage de la cité. Les habitants acceptent 1848 et le député Elzéar Pin représente à Paris la gauche modérée, ce qui lui vaudra d´être exilé (à Nice) dès le Coup d´Etat de 1851. L´insurrection déclenchée à cette occasion est suivie par la condamnation d´une cinquantaine d´aptésiens.
La fin du XIXe siècle est surtout marquée par une nette progression de l´industrie locale : faïences (depuis le XVIIIe s.) ocres, fer (mines de Rustrel), chapeaux, bougies et fruits confits qui prennent peu à peu la tête des productions aptésiennes. Le chemin de fer sera pour un temps, le débouché essentiel de ces productions dont la plupart ne survivront pas aux concurrences de localités géographiquement mieux situées et aux techniques nouvelles.

De nos jours, capitale d´un pays à vocation essentiellement agricole, Apt tente l´expérience d´utiles reconversions : le fruit confit demeure et prospère malgré les difficultés de l´heure, la céramique renaît, et le Parc Naturel Régional du Luberon constitue l´élément d´équilibre qui fait appel à un tourisme qui, en cette région aux structures fragiles, doit être celui de la découverte et d´équilibre.

 
La région provençale est justement réputée pour sa production de primeurs et de fruits. Des trains complets partent chaque jour de Châteaurenard, de Cavaillon ou d' Avignon, à destination de l'Europe septentrionale et de la France entière.
Un sol fertile, convenablement irrigué par les canaux de la Durance, un soleil qui mûrit les fruits, permettent à cette région de posséder de véritables jardins.

La ville d Apt est située au centre géographique de ces deux régions ; cette position unique, au point de vue de l'approvisionnement en fruits frais, favorisait de bonne heure l'établissement de l'industrie des fruits confits.
Déjà en 1365, les syndics aptésiens offraient des fruits confits d'Apt au Pape Urbain V, alors en pèlerinage dans leur ville.
Plus tard, au XVIIe siècle, Madame de Sévigné, dans une de ses charmantes lettres à Madame de Grignan, appelait la ville d Apt "un chaudron de confiture".
La vitalité de cette industrie ne s'est donc jamais démentie, et l'essor pris par les cultures fruitières dans les vallées de la Durance et du Calavon, dans les Alpes de Haute Provence et le Comtat Venaissin, permet d'envisager un développement continuel et brillant de la vieille industrie, à Apt, où nos maîtres-confiseurs perpétuent cet art du fruit confit, vieux de plusieurs siècles.