Chapelle Saint Michel d'Apt en Luberon

Quelques notes sur la chapelle Saint Michel à Apt en Luberon

René Bruni, historien du Pays d´Apt a rédigé "Quelques notes sur la chapelle Saint Michel" en avril 1978. Le fascicule fait aujourd´hui partie du fond de la bibliothèque Municipale d´Apt que nous remercions pour sa mise à disposition.
Des chapelles placées sous le vocable de Saint Michel furent au cours des siècles nombreuses en Pays d'Apt. Outre celle au nord de la ville, dont nous nous occupons aujourd´hui, il y en avait sur les territoires de Saignon, de Saint Martin de Castillon, de Roussillon, deux à Goult, etc..

L´archange, chef de la milice céleste, protégeant Israél selon le prophète David, était en grande vénération dans notre ville au Moyen-âge où une grande foire de Septembre (aujourd´hui disparue) placée sous son patronyme, attirait au XIII ème siècle des visiteurs venus de toute la région.
Précisons que seule l´église dominant la ville se nommait Saint Michel, la colline où s´édifie aujourd´hui la cité du méme nom, portant traditionnellement l´appellation de colline des PUYS (P.U.Y.S. ou de TAULERI).
C´était il y a peu d´années encore une colline grimpant depuis la ville en terrasses (en bancaûs ou restancas) vers la chapelle dont la solitude était pratiquement le seul témoin d´une époque que nous allons tenter d´évoquer,

Chapelle Saint Michel d'Apt en Luberon

S´agit-il d´un édifice pré-existant, ce qui alors confirmerait la thèse d´une construction antérieure au Xllème siècle, celle de notre édifice actuel.
Tout laisse cependant supposer qu´il s´agirait plutôt d une église sise sur le territoire de Saint Martin de Castillon. C´est probablement à cette confusion que I´on doit I´erreur de certains auteurs.
Le cartulaire d´Apt (835- 1130) qui devrait nous être le document le plus précieux en la circonstance reste muet et ne nous permet pas de mieux asseoir les hypothèses de I´origine ou des éventuelles dotations. Cette lacune semblerait corroborer I´hypothèse d´une absence de chapelle avant le Xllème siècle.

L´obituaire, lui, conservé parmi les manuscrits de la cathédrale et qui débute en 1299, nous apporte quelques précisions utiles notamment à propos de l´anniversaire d´Aycardi de Buoux (jour célébration d´un obit le 3 mai) (2)
A ce propos, Sauve nous parle de Xllème siècle pour la date de construction, ce qui semble le plus près de la réalité, même si cet édifice a pu remplacer une chapelle édifiée auparavant.(3)
Le même obituaire, en date du 15 JVLII 1299 (Ides de Juillet), mentionne qu´il a été dépensé XVII sols versés à la chapelle Saint Michel pour l´anniversaire du Ripert de Viens. Précisons que le bas du versant de la colline était au Moyen âge la limite du marché hebdomadaire qui s´étendait alors à toute la ville jusqu´au Faubourg du Ballet.

Chapelle Saint Michel d'Apt en Luberon

Alors, ce que nous savons véritablement des origines de la Chapelle c´est que le bâtiment qui nous est parvenu a remplacé une première église probablement très ancienne qui desservait une petite communauté rurale établie sur la colline des Puys, qui a du se former au IVème siècle et qui semble avoir disparu au XIVème.
L'Edifice tel que nous le voyons aujourd´hui, assez bien conservé malgré quelques mutilations, est dû au 2ème quart du Xllème siècle contemporain de I´Abbaye de Sénanque et des transformations apportées à la crypte supérieure de la cathédrale Saint-Anne. (L´édifice sera transformé plus tard en ermitage on y trouvait encore un ermite au début du 17ème siècle)

La Chapelle Saint Michel appartient donc à cette catégorie d´édifices qui sont un peu le symbole d´une renaissance de I´art roman en Provence. Le maître d´oeuvre y retrouve les concepts d´un art plus pur aux matériaux mieux appareillés. C´est en quelque sorte I´art antique retrouvé, notamment par l´harmonisation des lignes, des joints semi-secs réutilisés. Ainsi que pour d´autres édifices, le liant commun est cette pierre de qualité qu´offre en différents secteurs le Pays d´Apt, et qui merveilleux à la taille sait parfaitement diffuser les jeux d une lumière que tamise la sobriété des ouvertures.

Guy Barruol en donne une description remarquable dans son admirable " Provence Romane "
L´église Saint-Michel est un édifice modeste mais plein d'intérêt, d´une simplicité et d´une pureté de ligne peu communes. Elle se compose d´une nef de trois travées et d´une abside de plan semi-circulaire à l´intérieur et heptagonal à l´extérieur. La nef est voûtée d´un berceau très brisé prenant appui latéralement sur de profonds arcs de décharge en plein cintre et à double ressaut.

Comme à Saint Jean de Forcalquier, à Saint Michel l´Observatoire ou à Carluc, une tribune sur voûte a été plus tard aménagée dans la travée occidentale. La voûte d´ogives qui couvre l´hémicycle d´un choeur orné d´arcatures est maintenue par quatre nervures (semblables à celles qui décorent le choeur des églises de Noves, du Thor, de Carluc, de Reillanne, de Notre Dame de Romigier à Manosque et de Notre Dame de I´Ortiguière au Revest du Bion), qui comme I´arc triomphal prennent appui sur des colonnettes surmontées de chapiteaux à feuillages simples ou à bulbes ornementaux. L´édifice est éclairé par trois fenêtres en plein cintre et très ébrasées vers l´intérieur ouvertes dans l´abside et par une baie qui, sur la façade occidentale surmonte le portail en plein cintre, I´une et I´autre présentant le meme décor extérieur. Sur la façade méridionale, admirablement appareillée, une porte aujourd´ui disparue, s´ouvrait dans la travée orientale, on en ouvrit une autre dans la deuxième,travée au bas Moyen âge. Une corniche souligne le bord de la toiture. Un petit clocheton à quatre baies avec toit pyramidal élevé sur la travée précédant le choeur (comme au Groseau, à Saint Gens, à Saint Trinit, etc... ) couronnait jadis I´édifice, il fut renversé par la foudre en 1814. Les récents travaux de restauration réalisés dans cet édifice ont permis de retrouver I´autel cippe de I´époque romane.

Parfaitement appareillée, cette église porte en elle-même les caractéristiques d´une construction de I´extrême fin du Xllème siècle dans le style de I´église du Thor, dont on sait qu´elle fut achevée vers 1200. Il parait toutefois vraisemblable que la voûte du choeur, primitivement en cul de four, ait été à la fin du Xllème ou au XIVème siècle remplacée par la voûte d´ogives que nous voyons aujourd´hui et qui repose en fait sur une arcature de style gothique plaquée à l'intérieur de la construction romane.

Il y a peu d´années devenue propriété privée la chapelle fut transformée en bastidon (et quel bastidon) par des gens plus soucieux de côtelettes grillées que d´art roman.
Et cependant (à tout péché miséricorde), I´histoire ne doit pas nous faire oublier la petite histoire. Les deux se rejoignent parfois pour constituer le fonds humain de ce pays.
Les vieux aptésiens n´ont pas oublié le dernier propriétaire du bastidon chapelle: Justin Bertrand tout enveloppé d´une grande barbe blanche qui savait accueillir ses visiteurs avec aménité et une philosophie toute personnelle, une grande culture, dues probablement au fait qu´il dominait les 20 siècles d´histoire de la cité.

Ce Bertrand était le frère de Bertrand dit " I´Einat ", qui fut longtemps I´animateur des traditions provençales à Apt.
Le goût d une certaine "marginalité" n´empêcha pas Justin Bertrand d´être Administrateur de la Caisse d´Epargne.
Au Sous Préfet qui un jour lui remettait une décoration il répondit carrément "vous pouvez me la donner je ne la porterai pas".
Et puis I´âge venant, un rhumatisme chronique rendait le parcours Apt-Saint Michel difficile.
Volontaire, Justin Bertrand faisait face, parodiant Turenne, il disait à sa jambe: "il faudra bien que tu plies"
On voudra bien nous pardonner cette courte parenthèse.

Heureusement rachetée par la municipalité (ordonnance d"expropriation le 27 Octobre 1966) la chapelle a été ainsi sauvée d une ruine certaine.
Après une restauration que l´on espère proche on s´apprête à la rendre au culte protestant.
Juste conclusion pour cette édifice qui, élevé pour la foi retourne plus de sept siècles après à sa destination d´origine.

René Bruni, historien du Pays d´Apt a rédigé "Quelques notes sur la chapelle Saint Michel" en avril 1978. Le fascicule fait aujourd´hui partie du fond de la bibliothèque Municipale d´Apt que nous remercions pour sa mise à disposition.