Art et culture en Luberon
LA VIA DOMITIA

LA VIA DOMITIA

Reliant Rome au sud de l’Espagne c’est un tronçon d’une de ces grandes voies antiques que nous vous invitons à parcourir à travers le Pays de Forcalquier .  La Via Domitia, jalonnée de relais routiers, d’ouvrages d’art, de lieux de culte…, vous fera découvrir les vestiges que nous ont légué les Romains et revivre une partie de notre histoire européenne.
 


La Province Narbonnaise
La province romaine de Gaule la plus ancienne s’étendait des Alpes aux Pyrénées et de la Méditerranée au lac Léman, aux Cévennes et à la Montagne Noire. Qualifiée à sa création à la fin du II ème siècle avant J-C, de Province Transalpine, avec pour capitale Narbonne, elle prit sous Auguste, en 22 avant notre ère, le titre de Narbonnaise.
A l’est de la Durance, les Alpes, occupées par des royaumes indépendants soumis tardivement, ne furent transformées en provinces romaines qu’au 1er siècle de notre ère ( Alpes Maritimes, Alpes Cottiennes, Alpes Graies).


Histoire de la Voie Domitienne

Créée au moment de la conquête du Midi de la Gaule, à partir de 120 av. J-C, par le consul Cneus Domitius Ahenobarbus, la Via Domitia, du nom de son fondateur, devait réunir l’Italie aux provinces d’Espagne en desservant la nouvelle Province Transalpine. C’est en fait la plus ancienne route construite de France. 
Suivant en partie d’anciens itinéraires attestés par des historiens et des géographes de l’Antiquité, cette voie franchissait les Alpes au col du Mont Genèvre, gagnait le delta du Rhône par les vallées de la Durance et du Calavon, traversait les plaines du Languedoc et du Roussillon et passait les Pyrénées au col de Panissars près du Perthus.
Elle était jalonnée par les cités de Briançon, Gap, Sisteron, AptCavaillon, Nîmes, Béziers, Narbonne, etRuscino/Château Roussillon
Route interprovinciale, construite et entretenue aux frais de l’Etat romain, la voie domitienne fut un axe très fréquenté par les armées, les fonctionnaires, les commerçants et les marchands, les voyageurs, les pèlerins pendant tout l’empire et le demeura encore au Moyen-Âge.

Via Domitia

Les itinéraires antiques

Un certain nombre de documents écrits, remontant à l’Antiquité, indiquent les itinéraires principaux qui irriguaient toutes les provinces de l’Empire. Ces itinéraires de voyages donnaient, pour chaque grand axe routier, les noms des gîtes d’étape et des relais – villes, villages ou hameaux – et souvent les distances en milles séparant ces étapes.

La seule carte connue du monde romain est la carte de Peutinger, copie du Moyen-Âge sur parchemin d’une carte dont l’original remonterait au Haut-Empire.

Ces différents documents confrontés à la réalité actuelle, permettent de reconstituer les grands axes routiers romains – dont la voie Domitienne – avec une grande précision. 
A côté des grandes routes interprovinciales – du type de la voie Domitienne – il y avait bien entendu un réseau relativement dense de voies secondaires ou vicinales, reliant entre eux les vici ou bourgades, et de très nombreux chemins privés, dont le tracé est d’autant plus difficilement reconnaissable qu’ils comportaient des aménagements plus sommaires et atypiques.

 


La construction des voies antiques

Les romains ont fait preuve, pour tous leurs travaux de génie civil et de constructions, de connaissances et de techniques très élaborées. L’implantation des cadastres ruraux et le tracé des voies étaient réalisés, sur ordre de l’administration, par des arpenteurs, à l’aide d’instruments de visée très performants (groma, dioptra, chorobate). La route elle-même, formée en plaine de la succession de longs tronçons rectilignes et dont le profil en long était amélioré par des passages en remblai ou en déblai, était véritablement construite par apport de matériaux disposés en couches superposées selon des règles précises, ce qui confirment les sondages effectués aujourd’hui sur la chaussée.

Dans les passages difficiles, en montagne en particulier, la chaussée pouvait être, par endroit, taillée dans le roc ; sur les tronçons où elle était en surplomb, elle était maintenue par des murs de soutènement bâtis. 
Finie, c’était en rase campagne un voie de terre, qui n’était dallée qu’en certains passages privilégiés (en ville, gués…) et dont les ornières, quand elles sont visibles, ne sont que la conséquence d’un roulage intensif. 
Encadrés par l’administration provinciale et par l’armée, les chantiers routiers mettaient en œuvre des équipes nombreuses et diversifiées, de l’ingénieur au terrassier, avec sans doute des réquisitions d’indigènes.

 

Map, plan Via Domitia

Les stations routières

Le long de la voie, des gîtes d’étapes ( mansiones) étaient aménagés, tous les 30 km environ (parcours moyen en une journée), à partir de bourgades indigènes préexistantes à sa construction ou dans le cadre de créations nouvelles; dans les intervalles, tous les quinze kilomètres environ, étaient établis des relais ( mutationes), pour le changement d’attelage et le repos des hommes. Du Rhône aux Alpes, toutes ces stations routières sont désormais bien localisées.

Pour faciliter les déplacements, la route antique était jalonnée de grandes bornes de pierre (2 à 4 mètres de hauteur), en forme de colonnes ou de piliers, implantées théoriquement tous les milles (1480 m). Elles indiquaient une distance par rapport à certaines villes importantes de l’itinéraire et portaient le nom et les titres de l’empereur sous le règne duquel elles avaient été mises en place. Ce bornage correspondait généralement à de grands travaux de restauration ou de maintenance de la chaussée : ainsi , pour la voie domitienne, on conserve des bornes au nom d’Auguste (3 av. J-C), de Tibère (32 ap. J-C), de Claude (41 ap. J-C), d’Antonin le Pieux (144 ap.J-C), etc. Aucune borne n’a toutefois été retrouvée sur le tronçon de cette voie entre Apt et le Mont Genèvre.


Les voyages

Essentiellement militaire au moment de sa création, la voie domitienne est rapidement devenue une voie publique, une des plus grandes routes de l’Empire Romain, et aussi l’une des plus fréquentées. 
Le cursus publicus, service des Postes de l’administration romaine, crée par Auguste en 27 av.J-C et qui se maintiendra jusqu’à la fin de l’Antiquité, en est l’utilisateur prioritaire. Sur cette chaussée très appréciée par tous, on se déplaçait à pied, à cheval ou en voiture. Des voitures à chevaux rapides, tels le cisium, sorte de cabriolet léger monté sur deux roues, avec un siège et un seul cheval attelé, ou le carpentum, char à deux roues, couvert par une capote et tiré par quatre chevaux. Les marchandises pondéreuses étaient acheminées sur chariots à quatre roues – du type raeda, angaria ou plastrum – tractés par des chevaux, des mulets ou des bœufs, attelés par quatre, six ou huit.

 

Le Pont Julien à Bonnieux au pied du Luberon

Les ouvrages d’art

Sur une route aussi importante que la voie domitienne, les ouvrages d’art – ponts, ponts longs, gués – étaient beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit : en fait, chaque traversée de cours d’eau était aménagée de manière a en faciliter le passage. 
Les ponts pouvaient être en pierre – en grand appareil sous le Haut Empire (le pont Julien près d’ Apt) ou en petit appareil au II ème siècle (Le pont de Ganagobie) – mais aussi en bois, en montagne en particulier, ce que confirme le géographe Strabon à l’époque d’Auguste. Beaucoup ont été détruits au cours des siècles par des crues. Les ruisseaux plus modestes étaient franchis par des gués construits (tel celui de Reculon à Saint Michel).

 

 

Textes de Guy Barruol – Crédits photos : Philippe Clin (pont Julien) . Guy Barruol, Association Alpes de Lumière, CNRS Centre Camille Jullian, Direction Régionale des Affaires Culturelles, Bernard François.