Yvan Magnani
Yvan Magnani

YVAN MAGNANI

Que peint Yvan Magnani ? Une seule chose à travers la diversité de ses manières : la Terre.

Qu´est-ce que peindre la Terre ? La terre comme Terre.

Difficile problème, insoluble peut-être. Car il ne peut s´agir de peindre le sol, ni des champs ou des montagnes. Yvan Magnani ne peint certainement pas des "paysages". Ni à la manière du classicisme (Poussin, Lorrain, Van Ruisdal...), où l´on sent, derrière les bosquets touffus et les hautes frondaisons, derrière la profondeur des ciels et des lointains, l´immensité de la gloire divine; Ni même, à la manière de l´impressionnisme (Monet, Pisaro, Sisley...), il ne peint un paysage dans son pur paraître, dans sa vibration légère, dans le miroitement des couleurs de ses surfaces. Seul, peut-être, le Cezanne des "Sainte Victoires", s´approcherait de cette saisie de la terre. Mais Cezanne peint encore la terre dé puis la "montagne", depuis la phénoménalité se donnant dans la lumière.

La terre comme Terre, qui pourrait nous donner d´assister à sa visibilité N´est-elle pas en soi l´obscur, l´invisible même Et c´est pourtant, là où le regard du peintre se trouble (voir la sorte de brumes qui monte et qui efface les traits des personnages dans des oeuvres plus figuratives), là où ce regard s´obscurcit, sombre et s´assombrit, que Yvan Magnani nous mène. "De profundis", s´exclamerait-on parodiquement ! De et dans les entrailles de la Terre, n´est-ce pas le lieu même où ces lourdes et sombres couleurs nous conduisent

Ni paysage, ni géologie. La terre comme Terre est d´abord la sombre "poussée" ( "Empujô" ) qui germine depuis la noirceur des fonds, qui enfle lentement et soudain "pointe". Triangle de l´éclosion, rouge, vif, perçant des noirs intenses et colorés, vivants. Mais, bientôt, sous la puissance de cette poussée, la terre repousse de plus en plus le cadre, le "tableau", la tablature du tableau. La Terre, qui (sous-)tient tout, ne tient plus dans un cadre, elle finit par s´en échapper. La Terre ne s´encadre pas, et la "toile" du peintre non plus.

Que fait alors la terre, comme poussée muette et invisible D´une part, elle dresse des toiles qui ne sont plus "suspendus", "accrochées". La toile s´étend ou se tend de bas en haut (toiles qui n´ont que des verticales). C´est la série des "Empujô" et des "Volcaniques". Dans ces derniers, c´est le grain même de la terre qui paraît physiquement, géologiquement comme couche ou strate, dans la compacité pesante des sables agglomérés. Et ce sont elles, ces strates, qui portent la toile légère dans le silence et la tranquillité de leur présence. D´autre part, la terre comme poussée devient pli. Elle plisse et se plisse, monts et vallons, creux et bosses, aux ombres glissantes. La terre frissonne lentement, "Reliefs-frissons ". Elle flotte dans son immobilité, et se moire, portant sa vibration lente et immémoriale, lourde et sûre, au jour de l´apparence.

Empujô, Volcaniques, Reliefs frissons, à travers toutes ces séries, une seule tentative, dire la nature, la "Phusis", non comme éclairement et irruption dans la lumière, mais, depuis cette lumière des couleurs emportée avec soi, peindre ce qui de la nature ne se peut peindre, sa lourde poussée latente, sa croissance souterraine, sa lente ascension depuis son épaisseur muette, célée, nocturne.

Philippe MENGUE, Dec 96

Né en Algérie à Djebel-Kouif, le 25 Novembre 1946. Sa famille s´établit en Bretagne, où il suit ses études et rentre aux Beaux-Arts en 1964.

A 18 ans, il quitte la Bretagne et sa famille pour poursuivre ses études artistiques à Vallauris où il apprend entre autre la poterie et la céramique.Ses premières toiles datent de cette époque;son style est alors influencé par des peintres comme Serge POLIAKOFF, Nicolas de STAEL, Robert et Sonia DELAUNAY.

En 1966, il rentre à l´Académia Brera di Milano, où il finira son année en participant à la Triennale de Milano, où il obtient le troisième prix. L´année suivante, il s´inscrit à l´Académie Royale de Stockholm, mais retourne rapidement à Paris fréquenter l´Ecole du Louvre.

En 1979 après un séjour d´un an à Saint-Tropez, il s´arrête finalement à Apt où il monte un atelier, donne des cours de peinture et se lance dans la fresque murale. Il en réalisera de nombreuses dans sa région et également au Maroc.

Yvan Magnani travaille actuellement à de grandes toiles. Retrouvant peu à peu l´Art abstrait, ses recherches se tournent vers une certaine forme d´Expressionnisme. Son originalité tient au fait qu´il manie conjointement pinceaux, couteaux, et aérographe. Mais la force de sa peinture s´exprime tout autant dans des aquarelles, et une des réussites de son art est d´opérer une profonde interpénétration aussi bien de ces deux modes d´expression, que de la facture abstraite et expressionniste.

Voir le site d'Yvan Magnani >>>