Colorado Provençal à Rustrel
Le Colorado Provençal

Ocres du Luberon, balade dans le colorado provençal du village de Rustrel

Surprenante carrière d’ocre à ciel ouvert, le Colorado Provençal est une enclave singulière dans une terre toute dévouée à la culture de la vigne.

Un paysage de Far West

Ce n’est pas l’Amérique mais une curiosité de la nature.
À quelques jets de pierre d’Apt, au pied du plateau d’Albion, Rustreljouit toujours de la renommée de son imposant voisin : le Colorado Provençal, avantageusement nommé dans les années cinquante par l’abbé Martel, un ecclésiastique passionné par son Luberon natal, qui fut aussi le traceur du GR6.

Point de gorges vertigineuses ici, comme on pourrait s’y attendre mais un paysage de Far West aux teintes larges et capiteuses, allant de l’ivoire au rouge brique.

 

 

Jusqu´à 40 000 tonnes de pigment

Un gisement nourricier d’ocre précieuse (25 teintes présentes sur le site !) pour les familles qui l’exploitèrent pendant plus d’un siècle, à partir de 1871, quand Jean Allemand établit la première fabrique de lavage d’ocre du pays. Jusqu’à son apogée, en 1929, l’industrie de l’ocre produisait 40 000 tonnes de pigment, dont une quantité prépondérante à Rustrel. Le dernier ocrier de Rustrel a pris sa retraite en 1992 et une seule entreprise, La Société des Ocres de France, exploite encore l’ocre en pays d’ Apt, à Gargas. « Progrès » oblige, les colorants chimiques ont sonné le glas de l’exploitation ocrière et transformé le Colorado Provençal en un plaisant lieu de promenade. Sans un brin de nostalgie…

 

Fées ou… sorcières ?

Les innombrables traces de pas sur ces vastes étendues sablonneuses témoignent aujourd’hui de la fréquentation du site. Quatre sentiers en libre accès (seul le parking est payant en période estivale) ont été aménagés dans ce Colorado aux multiples visages. Le plus court, qui s’étire sur un petit kilomètre escarpé, vous hisse jusqu’aux Cheminées de Fées, pittoresques colonnes surmontées de « chapeaux pointus » trônant au sommet de la colline grattée par les pioches des anciens récoltants. La terre, d’un ocre fin et pur, offre ici un superbe kaléidoscope de couleurs, se mêlant avec harmonie au vert de la forêt touffue et au bleu azur et blanc d’un ciel cotonneux.

 

Une oasis de fraîcheur

« La Cascade » est une deuxième promesse : en suivant le balisage fléché, on serpente autour d’un minuscule cours d’eau maculé de sable orangé, jusqu’à cette fameuse « chute » d’eau, modeste vestige de la Doa, la rivière coulant en surplomb qui permit l’exploitation intensive du site (l’eau servait à séparer le sable de l’ocre). L’avancée sous les frondaisons de châtaigniers, fougères et chênes truffiers est un parcours fraîcheur qui contraste avec le désert minéral tout proche.

Au pic et à l’explosif

Avant l’arrivée du bulldozer, l’ocre était prélevé au pic et à l’explosif. Le minerai était ensuite lavé. Rendu friable, il s’écoulait jusqu’aux bassins de décantation le long des valats (ruisseaux) retenant le sable. Quand la couche d’ocre était suffisamment épaisse, elle était abandonnée à l’action du mistral et du soleil. À la fin de l’été, des briques d’ocre pur rejoignaient l’usine pour être traités.

 

Un parcours de montagnes russes

Des témoignages, nombreux, subsistent de cette époque industrieuse. Les différents parcours sont jonchés de canalisations pentues qui servaient à acheminer l’eau chargée d’ocre jusqu’aux bassins. Une cabane en ruine laisse découvrir une machine démembrée et mangée par la rouille : une ancienne pompe à moteur à gaz aspirant l’eau « jusqu’en bas ». Dans le secteur du cirque de Barriès, percée géante dans la roche, des tunnels aux plafonds cathédrale résonnent encore, pour ceux qui prêtent l’oreille, des coups saccadés des barres à mines et du roulement des chariots remplis jusqu’à la gueule. Une dernière incursion dans le « Sahara », côté ouest, est un plaisant parcours de montagnes russes, ondulant entre les canyons de toutes tailles. Au final, le Colorado Provençal propose une inattendue carte postale, une magnifique tache rousse dans un paysage livré aux vignes, aux pieds de lavandes et aux vergers.

 

D’où vient l’ocre ?

Il y plus de deux cents millions d’années, la Provence n’est qu’une vaste étendue d’eau. Cent millions d’années plus tard, les calcaires sont recouverts d’argile et de sable vert .

L’arrivée d’un climat tropical sur la Provence bouleverse la topographie de la région : la mer se retire et des pluies diluviennes rincent les sables, les transformant en sables ocreux.

 

À quoi sert l’ocre ?

L´ocre est employée dans l´industrie du bâtiment pour la coloration des enduits et des bétons, des carrelages et des tuiles, etc. Les peintures industrielles et artistiques en contiennent également.

Plus surprenant, on trouve de l’ocre dans les cosmétiques (poudres et fards) le caoutchouc chambres à air, rondelles de bocaux) et même dans l’alimentaire (peaux de saucisses, croûte de fromages…).

 
Laurent Mersier
L'album photo du Colorado Provençal de Rustrel
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