Une actualité du Luberon

21 AVRIL 2007 - Un disquaire au coin de la rue a-t-il encore une utilité?

Si une réponse négative est donnée à cette question il serait temps qu´artistes, éditeurs, distributeurs arrêtent de pleurer, geindre & gémir que les "linéaires" consacrés aux enregistrements discographiques de musique dite savante des gros revendeurs se réduisent comme peau de chagrin, voire sont quasiment inexistants & que, par voie de conséquence, l´on ne trouve plus leurs disques. Chacun son site Internet, les mélomanes avertis n´ont qu´à partir à la pêche par souris interposée & payer trop chers leurs disques sur les sites des revendeurs généralistes; quant à ceux qui cherchent quelques orientations critiques & un peu plus que quelques dizaines de secondes d´écoute


Laissons porter en terre feu le CD (puisque l´on veut qu´il meure à tous prix), effaçons-nous devant le cortège funéraire de ce macchabée obsolète & démodé, noyé par la lame de fond Internet, le nouveau Messie, le Saint Graal salvateur digne d´adoration car porteur de tous les espoirs.

En revanche si la renaissance de lieux où les suggestions d´écoute sont proposées, où les choix subjectifs sont affichés (selon les affinités & spécialisations de chacun), où la critique est étayée & argumentée (surtout en ce qui concerne certains enregistrements "dont tout le monde parle"), où l´auditeur, quel qu´il soit, peut prendre le temps de la découverte, laisser ses oreilles juges de ce qu´il entend tout en feuilletant les livrets des très beaux albums qui sont actuellement publiés, où la discussion, l´échange, le partage sont de mise, si l´on estime donc que ces lieux ont encore une raison d´être alors il est urgent de prendre des mesures drastiques à tous niveaux (ministères, éditeurs/distributeurs, syndicats).

Je ne vois selon quelle raison le disque n´est traité à légal du livre. Dans la ville où je suis (11.000 habitants) il y a deux librairies & moi comme disquaire. J´ai demandé à un ami travaillant pour un distributeur le nombre de disquaires spécialisés dans les répertoires de musique savante sur le quart Sud-est (hors boutiques Harmonia Mundi & points de vente en librairie ou autres "espaces culturels") : d´une cinquantaine l´on est passé à cinq, moi compris, en 15 ans !

Un disquaire est un passeur, dernier chaînon entre l´artiste & son public, indispensable dans la transmission de la culture musicale & des corrélations avec les autres disciplines artistiques par son implication dans la vie d´un quartier ou d´une petite ville (sensibilisation des jeunes enfants, débat/conférence, suggestion de concert, signature d´albums ), sa présence sur les lieux de concert, l´offre d´un lieu surtout où les gens peuvent adhérer ou non à l´enthousiasme jubilatoire, totalement subjectif, de l´officiant. Pour moi il est à l´image, sans prôner l´alcoolisme en buveur d´eau que je suis, d´un barman qui, s´il est digne de ce nom, ne vous proposera jamais une carte de cocktails mais vous demandera quels sont vos goûts, vos humeurs du moment & vous suggérera en conséquence.

C´est enfin quelqu´un qui, dans la masse de catalogues qu´il compulse quotidiennement & en connaisseur des affinités de ses clients mélomanes, retiendra quelques enregistrements susceptibles de les intéresser.

Mais si l´humanité relationnelle est bannie Dont acte !

Lionel Gruénais